SCOPITALKS

conversation enregistrée transposée en écrit

 

C’est un discours un peu relativiste.


C’est pire.


Le développement, l’exploitation, l’esclavagisme. Le Mexicain qui se tue aux états unis à l’extraction du pétrole ou le Mexicain qui se crève le cul au Mexique à la récolte des fraises : pas de sécurité, pas de contrats, pas de soins de santé. C’est la même domination partout et dans les mêmes mains, le même pouvoir capitaliste.


Tu pointes la raison pourquoi autant de gens quittent leur pays parce que les conditions de leur pays leur semblent encore pire que les conditions du pays où ils émigrent.


C’est qu’on leur a promis " l’eldorado ". Demande dans les banlieues parisiennes, si on ne leur a pas dit des bobards sur les conditions dans lesquelles ils allaient vivre en arrivant ici.


L’altérité dans les rapports hiérarchiques.


Ah ! O.K.


Il y a toujours cette attraction du Sud vers le Nord.


Qu’est ce que tu fais des Irlandais, et des Ukrainiens, et des Géorgiens qui sont dans les mains des Grecs ? Ce sont des blonds, non ? Ce n’est donc pas la question du sud au nord, et du nord au Sud, c’est la question de pays capitalistes qui contrôlent tous les marchés. Le contrôle, par exemple, du Guatemala. Comment comprendre comment celui qui a tué autant de gens au Guatemala peut se présenter comme Président. Avec quel argent ? Il est dans les mains de la C.I.A.


Les Grecs qui font appel à de la main d’œuvre nordique aujourd’hui, c’est du pur racisme. Ils ne supportent pas de voir des Arabes sur leur territoire. Ils sont haineux. C’est plus fort qu’eux à cause de la Turquie. La Turquie a détruit leur pays. Pour eux, la main d’œuvre des pays de l’Est, c’est génial : cela leur permet de ne pas avoir à faire avec des Turcs ou des Arabes. C’est par pur racisme.


Non, ces gens depuis longtemps étaient déjà sous la domination des Grecs.


Les Grecs que tu fréquentes sont-ils toujours habités par la nostalgie de la Grande-Grèce ?
Ce sont des nationalistes communistes. Entre 45 et 49, ils n’étaient pas d’accord avec la Russie. À Yalta, la Grèce est donnée aux Russes. Là, ils se sont aperçus que tous les Grecs n’étaient pas d’accord. En 49, la Grèce a regagné son indépendance, et puis l’occident a dit : good ! we love Greece ! Eisenhower a ce moment-là a dit : Welcome to the democratic Greece ! !


Il y a eu aussi un envoi massif de l’armée britannique pour aider les monarchistes.


Où ? Quand ?


En Grèce.


Va dire aux Grecs que les Britanniques ont voulu aider la Grèce ! Les Britanniques voulaient seulement rétablir la monarchie. Et si les Grecs ont une haine pour un peuple, ce n’est pas les Turcs mais bien les Britanniques.


Ce qui est marquant, ce qui est très complexe, c’est qu’il y a eu une scission du parti communiste en deux parties fratricides entre elles : entre ceux qui étaient staliniens et les autres qui étaient communistes nationalistes, et qui ont été pris en étaux, écrasés. Ce sont eux qui ont été les premières victimes.


Les Britanniques sont venus parce que ces pauvres gens là ne savaient pas régler leur compte. On a toujours besoin des White men parce que, c’est bien connu, tous les Brown se tuent entre eux !


Ce qui est hallucinant c’est de constater que la plupart des points névralgiques sont dans des coins qui ont été sous influence de l’empire britannique :Israël, le Pakistan.


Et en Indonésie, les Hollandais.


La Birmanie.


Ah ? Ce sont les Anglais aussi ?


Yes, Darling. Ce sont les Anglais, et juste après les britanniques, c’est les Belges, les Hollandais, tous ces gens-là.


Maintenant tu lèves la main pour prendre la parole, c’est bien la première fois que je vois ça !


C’est quoi ton origine ? Tu es américain ?


Ah ! Forget the american. There is only somebody with a brain. I am travelling a lot and I am very smart !


Moi, ça m’arrive souvent de demander aux gens de quel pays ils viennent. J’aime bien faire référence à l’identification à un pays.
Libères-toi de toute identification. Libères-- toi. Get rid of it ! Get rid of it ! Let’s go. Elle n’est pas française, tu n’es pas français. Elle n’est pas américaine, je ne suis pas américain. C’est très commun dans les nations scapes d’avoir une identification nationale.

 

 

 


C’est culturel.


O.K cultural. Les Français tiennent à la culture, les Espagnols tiennent à la culture, et les Américains tiennent à quoi ?


Et pendant ce temps-là, on nous leurre avec la culture, c’est le patronat et le Medef qui écrasent la culture. Trois millions de chômeurs. Neuf millions de pauvres. Un petit pays gaulois contre l’Amérique et pendant ce temps-là un peu partout dans le monde, c’est comme ça.

 


Quand tu es en Afrique, tu as un peul, un Bambara, un Togolais, un Sénégalais qui partagent dans un même lieu, la même tôle ondulée, la même chaleur, le même taxi-brousse, les gens finissent par sinon demander, se repérer.


On me demande souvent si je suis libanais. Je réponds, non, mais pas loin du Liban. Syrie ? Égypte ? Non. Mexique. Mexico n’est pas loin du Liban.Tu es un Mexicain qui vient de Grèce et tu ne le dis jamais.


Et voilà le débat qui arrive sur l’identité !


C’est bien de faire de l’histoire, vous êtes de très bons historiens, mais comment faire de l’histoire active aujourd’hui ?


Il y a un intellectuel qui produit de la pensée à partir d’une université américaine et qui est né en Inde (je dis ça, pour éviter la question de l’identité). Arjun APPADURAI. Il est arrivé aux états unis dans les années 60-70. Lui, il n’est plus un historien parce que cette chose-là ne lui convient pas. Il est plus qu’un anthropologue, et il utilise le terme " scape ". Il dit ethno scape, educational scape, scape cela veut dire : champ d’étude. Mais ce scape, il lui donne un niveau de champ anthropologique. Ce serait des individus répartis sur toute la terre, qui se retrouvent autour de ce champ. Ils ne sont ni américains, ni français, ils ne sont pas définis par une identité, mais par une situation composite. Par exemple, les Indiens vivant aux états unis, les Arabes vivant en France, les Turcs vivant en Allemagne.


Je n’arrive pas à trouver la traduction de scape dans mon dictionnaire anglais.

 

 

 

 


Entre parenthèse, je trouve que le mot champ est un des plus beaux mots de la langue française.


Wait a minute ! La relationship between scape and scope. Scape is over here, and scope is when you see overthere. Stéthoscope, télescope. It reminds me Bay and Bask in old english. Bay is water and bask is sun.


Il y a des expressions en anglais qui sont des mortems, des fossiles.


Elles n’ont pas évolué.


Linguistique is my field. Dans la langue Navajo, tu as des terminaisons qui séparent le carré du rond. Pour eux, le genre féminin et masculin, c’est compliqué et pour nous le carré et le rond, c’est compliqué.


Du coup, quand tu penses le champ, tu te dis, il y a un domaine.


Un espace.


Ça commence avec Yalta, ça commence avec les britanniques, ça commence avec la fin de guerre ! Quelle merde !


( Éclats de rires)


Y a-il quelqu’un de capable ici de répondre à la question suivante ?


Vas-y !
Comment est-on devenu stalinien ?


Ah non, pas moi !


Pas moi, non plus !


Alors, comment Staline est arrivé ?


On a été des staliniens tous. À bas la bourgeoisie… Ababababababa… On a tous été pour Cuba.


Qui était contre Castro ?


On voulait une solution rapide. C’est ça, la question.

 

Au moment du Shah d’Iran, qui était pour Khomeyni ?


On ne peut jamais juger l’histoire a posteriori. Jean Luc Nancy et J.C. Bailly dans un livre commencent par cette question. Bien sûr, il faudra penser, analyser le stalinisme, mais il faut maintenant plutôt s’attacher à savoir pourquoi le communisme, les hommes l’ont voulu ? On pourrait repartir de ça.


Tu poses la question en y induisant la réponse.


Moi, j’ai voulu trouver une solution rapide avec le stalinisme comme réponse au nazisme dont nous sortions vivants, nous, la génération d’après guerre.


Nancy et Bailly proposent qu’on n’oublie pas le cauchemar du stalinisme mais qu’on revienne aux origines du communisme.


Mais il faudrait se souvenir aussi que monsieur Gandhi ou monsieur Luther King ont très bien fait sans Marx, mais les gens n’ont jamais été prêts pour ce genre d’histoire active… Le mental… Le mental… Le rôle des intellectuels… Il y a aussi Tolstoï as a mental father pour la non-violence.


Tolstoï a été refusé par l’église orthodoxe. C’est lui qui a établi la première commune. As-tu lu Anna Karenina ?


Tolstoï est le premier à avoir affranchi les serfs sur ses terres. D’ailleurs sa femme n’en pouvait plus, parce qu’il passait tout son temps soit à écrire, soit à être entrain de gérer les problèmes sur le terrain avec les gens. À son échelle locale, il a fait la révolution.


C’est sans doute cette échelle locale, qui permettra un avenir politique.


Look ! Tu as lu ou vu Farhenheit451 de R. Bradbury ou le film de Truffaut qui raconte que des survivants qui marchent dans la forêt le long d’une voie ferrée représentent la mémoire vivante d’un livre en le récitant.


Je suis entrain de lire Vladimir Chalamov et il raconte que dans les camps régis par les lois des truands, eux-mêmes au service des cadres staliniens, les conteurs, ceux qui sont capables de raconter des livres par cœur étaient protégés par le truand et ils gagnaient par leur récit un peu de temps à vivre, un sursis.


Ce sont les Mille et Une Nuits.


Un sursis, ce mot me fait penser au terme pénal qui n’existait pas dans ce contexte. Mais ici, je suis persuadée que le gangster qui protègerait le conteur, ce serait dans son intérêt et pour mieux continuer ses affaires de gangster. Le conteur lui sert comme diversion, comme divertissement.
Mais non, le conteur le fascine. Le récit reste même dans le pire des extrêmes.


La muerte.


Le récit emblématique face à la mort : La jeune fille doit être tuée dans la nuit et elle sauve sa vie par son récit. Et ainsi pendant mille nuits et à la mille et unième, elle est libérée.
Entre un jour et un jour, I love you for ever and a day.


Le soufi.

 

 

 

 


Est ce que je peux parler de moi ?


Oui.


Aujourd’hui, j’ai écrit une scène de cul terrible entre des chefs talibans et des jeunes garçons. Pour moi, ces chefs talibans, on devrait tous les tuer. J’ai vu un reportage où il y a des milliers d’enfants qui sont victimes de la sexualité des maîtres. Ce qui est fait à l’heure actuelle par les talibans avec les enfants qu’on ne cesse de sodomiser dès l’âge de six ans et qui sont traités comme des chiens. La femme pendant ce temps-là est enfermée et ne sert qu’à être baisée pour procréer. Les seuls rapports sexuels qui existent chez ces gens-là ce sont entre les hommes, dans des rapports violents, cruels et masos.


Si on va plus loin que cela, on va vers la sublimation.


Chez les soufis, oui, mais chez les talibans, c’est l’horreur, c’est une folie destructrice.


Regarde alors aussi comment baisent les homosexuels américains.


Il y a les non-dits et les sur-dits.


Non ! Arrêtons. Vous ne pouvez pas comparer une situation avec une autre comme ça. C’est trop facile ce réflexe comparativiste dans les discussions. Tout serait pareil.


Alors, comment continuer à discuter.

 

 

 

 


Fin de l’enregistrement